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Les Triplettes de Belleville

Les Triplettes de Belleville

Un film de Sylvain Chomet

Copyright : © 2002 Les Armateurs/Production Champion/Vivi Film/France 3 Cinéma/ RGP France/Sylvain Chomet

Durée : 78’

Genre : Long métrage d’animation 2D et 3D

Nationalité : France/Canada/Belgique

Cible : Familiale

Date de sortie en salles en France : 11 juin 2003

 

L’HISTOIRE :
Champion est un petit garçon mélancolique adopté par sa grand-mère, Madame Souza. Remarquant sa passion pour le cyclisme, Madame Souza fait suivre à Champion un entraînement acharné. Les années passent. Champion est devenu un as de la "petite reine", à tel point qu'il se retrouve coureur au célèbre Tour de France.                                       
Mais pendant la course, il est enlevé par deux mystérieux hommes en noir.
Madame Souza et son fidèle chien Bruno partent alors à sa recherche.                          
Leur quête les mène de l'autre côté de l'Océan, jusqu'à une mégalopole nommée Belleville. Là, ils rencontrent les "Triplettes de Belleville", d'excentriques stars du music-hall des années 30 qui décident de prendre Madame Souza et Bruno sous leur aile. Grâce au flair de Bruno, ils se lancent sur la trace de Champion.                                                          
Réussiront-ils à déjouer les plans de la puissante mafia française ?           
 

Crédits

Producteur délégué : Didier Brunner, Paul Cadieux

Producteur associé : Colin Rose 

Coproducteurs : Les Armateurs, Production Champion, Vivi Film, France 3 Cinéma, RGP France

Scénario et graphisme : Sylvain Chomet

Réalisation : Sylvain Chomet

Musique : Benoît Charest

Générique fin : Adaptation et interprétation : -M-

Editions musicales : Les Armateurs / Bibi & Genevieve

Album disponible chez Delabel

Distribution salle France : Diaphana

Distribution vidéo France : France Télévisions Distribution

Distribution Internationale : Celluloid Dreams

Droits dérivés France : France Télévisions Distribution

Diffusions TV : Canal +, France 3, Ciné Cinémas, TPS, Gulli

Edition littéraire : Milan

 
Avec la participation de Canal +, des Sofica Gimages 3 et Cofimage 12, de Téléfilm Canada dans le cadre de la coproduction Canada-France, de la SODEC (Société de Développement des Entreprises Culturelles – Québec)
Avec le soutien du Centre National de la Cinématographie, de Cartoon et du Programme Media de l’Union Européenne, de la Procirep, de BBC Bristol et BBC Worldwide.
Avec l’aide du Fonds Film in Vlaanderen et de Nationale Loterij
Avec la participation du Ministère de la Culture et de la Communication
 
PRIX:
Oscar 2004 : Nommé Meilleur film d’animation, meilleure chanson / César 2004 : Nommé Meilleur film français et Meilleur premier film. César de la meilleure musique de film / Toronto: Fipresci Award / Copenhague:  Jury special Award / Boston Film Critics circle: Best Foreign Language film / Los Angeles Film Critics Circle: Best Animated Feature / BBC Four Cinema Awards - Jury Prize (UK) / Stuttgart: Public Award

Bande-annonce

Interview

INTERVIEW SYLVAIN CHOMET
 
La vieille dame et les pigeons (Court Métrage produit par les Armateurs)a remporté un grand succès et reçu de nombreuses récompenses. Comment as-tu réussi à monter ton projet de long métrage par la suite ?
Sylvain Chomet : Les triplettes de Belleville est un projet qui a été développé en cinq ans. C'est quand même une nette amélioration par rapport à La vieille dame…, car il a été terminé en deux fois moins de temps alors qu'il est trois fois plus long ! Au début Didier Brunner, qui venait de produire Kirikou et la sorcière, m'a proposé de réaliser un long métrage en forme de trilogie, en reprenant le personnage de la vieille dame. J'ai hésité parce qu'elle est folle à lier à la fin du film et parce que je n'aimais pas trop l'idée de la "recycler". J'ai songé à raconter les aventures de trois sœurs : la première était donc la vieille dame des "pigeons", la seconde vivait dans la banlieue Parisienne et se passionnait pour le cyclisme et la troisième était une québécoise, qui s'occupait d'un motel sur le bord d'une route de la forêt Laurentienne. La seconde histoire était intitulée La vieille dame et les bicyclettes et la troisième La vieille dame et les ouaouarons (nom canadien donné à une espèce de grenouille). Quand j'ai commencé à développer le second segment, je me suis rendu compte que j'avais assez de matière pour réaliser un long métrage avec cette seule histoire. Didier a accepté l'idée, mais il a du partir à la recherche de nouveaux fonds, pour trouver le tiers de financement qui manquait, puisque nous n'avions pas la possibilité d'intégrer La vieille dame et les pigeons dans ce projet. J'ai donc développé toute mon histoire en intégrant aussi les idées de pêche à la grenouille du troisième segment. Le titre des Triplettes de Belleville est resté car les trois vieilles dames devaient être des jumelles à l'origine. J'ai dû  changer le design de la grand-mère quand le co-producteur canadien du court métrage a demandé une somme exorbitante pour nous laisser réutiliser ce personnage. C'est ainsi qu'est née Madame Souza, cette vieille dame d'origine portugaise qui a un pied bot. Elle a apporté beaucoup plus de choses au film que ne l'aurait fait l'autre vieille dame. Nous avons gardé le cap sur le titre, lorsque les personnages des trois musiciennes sont apparus.
 
Comment décrirais-tu ton style d'animation ?
Sylvain Chomet : Il est basé sur le mime et sur le jeu des personnages. Je suis plus influencé par la prise de vue réelle que par l'animation. Par les films de Tati, bien sûr, mais aussi ceux de tous les maîtres du cinéma muet: Chaplin, Keaton. Le sens du timing est très important aussi. C'est la raison pour laquelle j'aime beaucoup Louis De Funès et toute l'école comique anglaise qui s'exprime dans des séries comme Absolutely Fabulous ou Black Adder avec Rowan Atkinson. J'aime aussi le travail d'animation de Richard Williams et de Tex Avery. Dans la bande dessinée, Goossens est également un maître du timing.
 
Dans La vieille Dame et les Pigeons et dans Les Triplettes de Belleville, on retrouve des intérieurs modestes mais chaleureux, une description de la France populaire des années 50/60 et des paysages parisiens. Pourquoi ces ambiances et ces personnages te sont-ils si chers ?
Sylvain Chomet : Parce je viens d'un milieu d’origine plutôt modeste, et non pas d'un milieu chic. J'ai le souvenir d'aller rendre visite à une vieille dame, voisine d’une de mes tantes, et de découvrir un appartement petit, qui sentait l'encaustique, ou chaque petit objet, même modeste, était mis en valeur. Je me sentirai incapable de mettre en scène des histoires qui se déroulent dans des milieux aisés. Je puise réellement mon inspiration dans ce que j'ai vécu.
 
Qu'est-ce qui te fascine dans les paysages ferroviaires, les ponts et dans l'ambiance du tour de France ?
Sylvain Chomet : C'est plus les personnages que l'on peut voir pendant le Tour de France qui m'intéressent que le tour lui-même. Je me souviens que j'étais fasciné de voir des types jeter des poignées de stylos et de casquettes tout au long du parcours. Venant de la banlieue, de Poissy, le train a forcément fait partie de ma vie. Le train de banlieue, c'est un rappel constant qu'il va falloir se lever le matin pour aller au boulot. Je regardais beaucoup de vieilles photos quand j'étais étudiant, en essayant d'imaginer l'histoire qui se cachait derrière ces images. Je me souviens d'une image d'un pont et d'une locomotive qui passait au-dessus d'une petite ville.
 
D'où vient Madame Souza, cette merveilleuse grand-mère qui ne renonce jamais à protéger son petit-fils ?
Sylvain Chomet : Elle n'a pas été directement inspirée par mes grand-mères, qui ont disparu quand j'étais tout petit. La personnalité de ma grand-mère maternelle qui m'a été décrite par mes parents, a davantage inspiré le comportement et la joie de vivre des Triplettes.
 
As-tu été un enfant mélancolique, comme le "Champion" de ton film ?
Sylvain Chomet : Quand j'étais petit, j'étais souvent seul. Ma sœur aînée avait dix ans de plus que moi et comme j'étais toujours en train de dessiner, j'étais content de me plonger dans mon monde intérieur. J'aime bien être en compagnie des gens, mais j'ai aussi besoin de me ressourcer dans la solitude. Quand j'étais gosse j'avais un projecteur-jouet qui s'appelait "Minicinex", qui permettait de projeter des boucles de petits films super-huit. Quand je regardais des scènes de Cartoons, je ne comprenais pas ce que signifiaient ces images. J'avais l'impression qu'on s'était contenté de filmer ce qui ce passait vraiment devant la caméra, comme si les personnages existaient.
 
Tu rends hommage à de nombreux artistes dans "les Triplettes": Charles Trénet, Django Reinhardt, Jacques Tati, Fred Astaire, Joséphine Baker, Max Fleischer… Pourquoi as-tu voulu les évoquer directement à l'image ?
Sylvain Chomet : Parce que les grandes vedettes américaines sont souvent apparues dans les cartoons Américains, tandis qu'on n'a jamais rendu hommage aux vedettes Françaises dans les dessins animés Français de cette époque, faute d'avoir une industrie du cartoon. J'ai donc voulu réaliser un faux, le film que nous n'avons jamais pu voir ! J'ai voulu rendre hommage aux merveilleuses créations de Dubout, qui me fascinaient quand j'étais gosse. Son style est tellement fait pour l'animation, que je regrette qu'il n'ait pas eu l'occasion de créer lui-même des dessins animés.
 
Comment as-tu imaginé Belleville ? Quelles sont les influences urbaines de Montréal et de New York dans ce cocktail architectural ?
Sylvain Chomet : La première chose que l'on voit de Belleville dans le film, c'est le château Frontenac de Québec. Nous avons utilisé de nombreuses références de Québec et de Montréal en essayant d'imaginer comment ces villes auraient pu se développer à la manière de New York. Au moment de l'indépendance du Québec, l'argent a plutôt été investi à Toronto, qui est une mégalopole Anglophone. Le pont qui apparaît dans le film est le pont Jacques Cartier, qui est entouré aussi par des bâtiments typiquement québécois. Le clin d'œil de la statue de la liberté est une référence au mode de vie Américain, et au nombre incroyable d'obèses que l'on peut voir dans les villes des Etats-Unis. C'est une chose qui m'a toujours frappé.
 
Ton film est baigné d'une ambiance nostalgique. Cela signifie-t-il que le mode de vie contemporain te déplait ?
Sylvain Chomet : Non, parce que j'en profite aussi. Graphiquement parlant, les années 50 étaient une période plus stimulante que la période actuelle. On pouvait voir des créations intéressantes dans le domaine du mobilier urbain, des voitures, des vêtements. Le dessin était très présent dans la vie quotidienne, sur les affiches, dans les livres d'école. C'était aussi une époque de soulagement et de liberté retrouvée après l'épreuve de la seconde guerre mondiale. Les gens étaient moins cyniques, plus désireux de profiter de leur liberté.
 
Tes personnages ont tous des formes outrancières. Les rectangles noirs des hommes de main de la Mafia Française, le petit triangle de la silhouette de la grand-mère, les personnages obèses ou filiformes. Pourquoi aimes-tu animer ces silhouettes géométriques ?
Sylvain Chomet : Parce que je voulais profiter de la liberté que donne l'animation. On ne peut pas jouer avec ça en prise de vues réelles. J'aime les caricatures extrêmes, même si c'est davantage la manière de bouger des personnages qui va permettre de les caractériser.
 
Les triplettes détournent des objets quotidiens pour créer leur musique. Est-ce que tu aimes bien ce type de sonorités ?
Sylvain Chomet : Oui. J'ai été inspiré par le spectacle Stomp que j'avais vu à Montréal il y a quelques années. J'ai également vu un musicien produire des sons avec une grille de réfrigérateur qu'il avait posée sur une caisse de résonance.
 
La scène de la traversée de l'océan est très belle…
Sylvain Chomet : C'est une de mes scènes préférées... Nous avions filmé les images du story-board pour créer un montage "Animatic" qui durait à peu près 3 minutes. En parallèle, j'ai acheté un disque qui avait reçu un diapason d'or : la messe en C mineur de Mozart dirigée par Elliot Gardiner. Dès que j'ai écouté l'ouverture, je me suis rendu compte que ce serait la musique idéale pour cette séquence. Quand j'ai posé la musique sur la séquence, tous les effets d'animation semblaient avoir été synchronisés pour lui correspondre. C'était une chance incroyable.
 
Source : Dossier de presse de France Télévisions Distribution – Sophie Lefevre